Une jeunesse piégée dans le présent
Plutôt que d’entrer frontalement dans la monstruosité du passage à l’acte, Fanny Taillandier ouvre son roman sur des existences très ordinaires. Blaise et Djen ne se droguent pas, ne décrochent pas de l’école, mais n’ont ni moyens matériels ni perspectives pour accueillir l’enfant qu’ils attendent. Ils n’attendent plus rien de la société. Face à un ascenseur social en panne, la violence devient une option. Un camarade, Bobby, leur propose une équation brutale : 50 000 euros contre un assassinat. Pour autant, le roman échappe à toute logique de destin tracé d’avance. Blaise et Djen continuent de croire à un « après » : après la naissance, après le crime, après leur petite ville qu’ils rêvent de quitter.
Un récit ancré dans des faits contemporains
Sicario bébé s’inspire de faits divers récents qui ont marqué l’opinion publique, sans jamais se contenter de les transposer.
Ces dernières années, la presse a documenté une réalité glaçante : des adolescents, parfois à peine sortis de l’enfance, recrutés pour tuer contre rémunération. En 2022, une enquête du Nouvel Obs donnait la parole à un jeune ayant accepté un contrat « juste après le bac », pour une somme « à cinq chiffres », faisant écho à la fusillade du 18 juillet 2022 rue Popincourt, à Paris. En 2024, à Marseille, un chauffeur VTC de 36 ans aurait été abattu par un adolescent de 14 ans, recruté depuis sa cellule par un détenu, contre 50 000 euros. En 2025, à Vaulx-en-Velin, un tireur de 18 ans, contacté via Telegram et payé 2 500 euros, aurait tué un autre jeune de 19 ans. La presse parle alors d’« ubérisation du crime ».